Mise en ligne: 16 septembre 2019

               

 Marie Soussan (1895 - 1977)

 

Meriem SOUSSIN, connue sous le nom de « Marie SOUSSAN », artiste algérienne, chanteuse et comédienne.

Née le 17/01/1895, à Alger ( 8 rue Lallahoum basse Casbah), fille de Simon SOUSSIN (originaire de Mascara et fils de Mayer le Rabbin de Blida) et de Louna ABOUCAYA (née à Alger, tante maternelle du compositeur Edmond Nathan Yafil).

Qui dit Basse Casbah dit : quartiers Lallahoum et Zoudj Ayoune , rues Sidi Ferruche, Bab El Oued, Socgemah… le « berceau » des grands artistes de la communauté juive d’Alger (Yafil, Mouzino, Serror, Sonigo, Sassi, et tant d’autres).

C’est dans ce quartier que Meriem (qui avait le rythme dans la peau) va grandir et côtoyer les artistes de son époque et participer aux fêtes familiales en tant que percussionniste – à la Darbouka -.
               
  • Vie familiale difficile
Mariée très jeune en 1911, (à Désiré Joseph de CABRIAC avec qui elle eut une fille, Isabelle, décédée en 1958). Elle divorce l’année suivante.

Un deuxième mariage en 1915, avec Jules François ROESSEL (de 22 ans son aîné) originaire de Bône « Annaba » . De cette union naîtra Alfred Victor René (1916). Elle divorce en 1921.

               
  • Les premiers pas à la Motribia
Elle décide alors de se consacrer à sa carrière artistique, de se lancer dans le chant puis dans le théâtre. Un premier pas fut entamé en 1925 au Casino d’Alger avec la « fameuse » Société El Motribia (fondée par son cousin Edmond Yafil en 1911). Elle se produira avec la troupe en tant que choriste puis soliste dans plusieurs évènements et sorties (en Algérie et à l’étranger).
               
  • Le duo avec Rachid Ksentini, le théâtre et les tournées Bachetarzi
C’est au niveau de cette société – El Motribia - qu’elle rencontre le talentueux Rachid Ksentini avec qui elle forme un duo d’enfer dans la comédie musicale. Rachid Ksentini avec qui elle vivra maritalement (année 1940) avant de le quitter en 1943.
               
« Les éloges ne tarissent pas dans les journaux de l’époque dont l’Echo d’Alger sur cet étonnant duo d’artistes, ils ont été les précurseurs humoristes et satiriques sur les planches, à se moquer ouvertement et devant un public enthousiaste, des travers de l’Algérie coloniale ! Personne auparavant n’avait osé égratigner la population des addictions et des comportements des Hommes dans toutes les situations de la vie ! Enfin les femmes pouvaient s’exprimer et se produire sur scène ! Quelle grande avancée pour ce grand Art qu’est devenu le théâtre comédie burlesque d’après-guerre ! Beaucoup s’en sont inspiré, après leur passage, et c’était une belle référence pour évoluer dans ce nouveau genre de théâtre de boulevard ».
               
Elle s’orientera naturellement vers la comédie théâtrale sous l’impulsion de Mahieddine Bachtarzi qui prendra le relai de la direction de la troupe d’El Motribia à compter de 1928 (après le décès de Yafil). Plusieurs pièces à succès vont être produites qui vont défrayer la chronique et confirmer les capacités de Marie Soussan : dont « Djeha » avec Allalou, Mahieddine et Rachid Ksentini. Une pièce qui fut jouée le 12 avril 1926 a eu un grand succès.

293 pièces vont être présentées au grand public, et beaucoup vont être enregistrées sur des disques Gramophone avec Rachid reprenant des scènes comiques de la vie quotidienne.

Elle enchaînera les représentations dans les années 30 : spectacles ; music-hall ; festivités du centenaire de la colonisation française ; le théâtre algérien est alors en pleine activité. Meriem est déjà en couple avec Rachid Ksentini, elle réalisa plusieurs pièces : Fakou Bik ; Baya Blidia ; Ya Rassi Ya Rassek ; Si Keddour ; Toto Mohamed champion de boxe ; Ah Ya Nsa ; Mon cousin d’Istanbul ; Retiens moi….

Ces succès vont susciter des réactions très violentes (articles de presse) dans les milieux conservateurs comme nous le rappelle Bachetarzi dans ses mémoires.

               
  • Les enregistrements
En parallèle, elle enregistre, en 1927, son premier disque en tant que soliste indépendante (le fameux Khlas classique « Rimoun Ramatni »), suivi par une série de disques dans plusieurs genres (Aroubi, Hawzi…, chansonnettes de nos grand mères et arrières grand mères).
Cette aventure se poursuivra jusqu’en 1937 (date de la dissolution de la Société El Motribia).
               
  • La Société El Mossilia d’Alger
Elle continue ses activités avec la société El Moussilia dans la pièce « Saha Fik », puis en duo avec Lili Labbassi dans son nouveau répertoire.

Le 30/01/1943, sera sa dernière apparition au Grand spectacle Oriental en compagnie de la crème des comédiens et chanteurs algériens Keltoum, Bachtarzi, Hadj Anka, Hadj Mrizek, Lili Labbassi avec la pièce comique « Ya Saadi (ma chance) » !

               

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La deuxième guerre mondiale se déclenche. La détérioration de la situation socioéconomique des artistes (et des artistes juifs en particulier) va l’éloigner définitivement de la scène.

En 1950, à Alger, elle contracte un nouveau mariage (le troisième) avec Charles BELADINA (qui décède en 1960 à Montpellier).

Elle quitte Alger en 1959, bien avant l’indépendance, pour s’installer dans le Sud de la France avec son fils Alfred où elle se lancera dans le commerce.

Pression de la société masculine et des traditions, environnement presque hostile à l’émergence de talents féminins, première guerre mondiale, mort des parents, divorces successifs, seconde guerre mondiale, relations familiales parfois houleuses, déceptions professionnelles …
Malgré tout cela, elle a su donner l’exemple d’une femme opiniâtre qui a vécu son art et prouvé ses talents (de chanteuse, comédienne). Ceux qui l’ont connu retiennent d’elle : la femme joviale et pleine d’entrain qui aimait la fête, avec cette force de caractère !
               
Elle a à son actif plus de 50 enregistrements entre chant et pièces comiques, à titre d’exemple :
Naacheq lebnat 1927
Tal-el-ouahch-âleïa 1928
Mestehber moual: Ya semir elloun 1928
Rimoun Ramatni 1927
Faraqouni ya tourahoum 1929
Y alli tachek el ourd 1930
Alach ya L'san tadoui 1934
Zidou Zidou Ebb'nat 1934
Manrouh mankhod 1932
               

Troupe Bachetarzi (Motribia) avec Marie Soussan (assise), Driss le flutiste, Mimoun le pianiste, Azoulay le qanoundji, Bachtarzi (au centre en blanc) et Rachid Ksentini, …
               

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Décédée en 1977, elle est enterrée au cimetière juif de Marseille, paix à son âme.
               

Par Ouaïl Labassi, le 05 septembre 2019

               
Avec les remerciements à la famille SOUSSAN, spécialement Mme J. SAVARESSE pour les informations et les photos, et à Chris SILVER pour les références des enregistrements.
               
Sources :- Mémoires Bachetarzi
               
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Contact : groupe_yafil@hotmail.com

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